Le FIGARO Grande Synthe, l'enclave verte du Nord Leila Minano (Youpress) 30/11/2010 Elue capitale française de la biodiversité 2010, Grande Synthe est devenue le symbole du développement durable en Nord-Pas-de-Calais. Cette distinction n'est toutefois que le point d'orgue d'un long palmarès qui récompense 40 ans d'engagement écologique. C'est un trou de verdure encerclé par l'autoroute A16 et par les immenses cheminées de l'usine Arcelor-Mital. Pareille aux cités industrielles du Nord, Grande Synthe, 22 000 habitants, est faite de petits pavillons ouvriers et de barres d'immeubles en briques. Mais ici, quelques collines vertes se détachent dans le paysage pluvieux du mois de novembre. Ici encore, entre le bruit entêtant du chemin de fer qui vient nourrir Arcelor et celui de l'autoroute, on entend le chant des oiseaux, le bruit de l'eau et le vent dans les arbres. A certains endroits, les hauts peupliers et les haies non-taillées cachent le paysage des industries. Devant le lac, où le vent claque dans les voiles des bateaux, on oublie même que la grande ville, Dunkerque, se trouve à quelques kilomètres. Et pour cause, nous sommes dans la toute nouvelle «capitale française de la biodiversité». Un titre remporté face à 85 villes concurrentes qui a catapulté la ville du Nord sur la scène internationale des collectivités vertes. Cette distinction n'est pourtant que le point d'orgue d'une longue série de prix remportés par la ville depuis 20 ans. Grand prix national du fleurissement, fleur d'or, prix national de l'Arbre, Grande Synthe est également représentante française de l'entente florale européenne. Un palmarès à la hauteur de l'engagement des acteurs de la ville qui depuis 40 ans mènent une politique volontariste en matière d'environnement. Au début des années 1970, Grande Synthe n'est qu'un village de moins de 3.000 habitants. Mais la cité grandit vite à mesure que les grosses industries s'installent. Au point que le littoral disparaît derrière les bâtiments des industries et qu'on finit par l'appeler «Usinorville». C'est en 1971 que l'histoire verte de la ville commence. Le maire, un syndicaliste lorrain, décide de reboiser car les arbres lui manquent. Cent hectares de forêts sont plantés. Ce sera le point de départ d'une politique écologique qui tournera la page «d'Usinorville». «Nous consultons chaque citoyen» Quatre décennies après ce premier reboisement, la nature a regagné ses droits. Aujourd'hui, Grande Synthe c'est 353 hectares urbanisés pour 400 d'espaces verts, 150 de forêts et 43 d'étangs. Mais aussi une «gestion différenciée» des espaces (alternance de gazon, de prairies, de haies, bosquets etc). Résultat : une variété de plantes et de milieux qui a permis la protection mais aussi l'apparition de nouvelles espèces végétales et animales dans la commune. Désormais, la capitale de la biodiversité compte 74 oiseaux nicheurs, 27 espèces de papillons de nuit, 5 d'amphibiens et 103 sortes de champignons. Une explosion verte qui profite aussi aux habitants: chaque maison est située à moins de 300 mètres d'un jardin et tous les Synthois disposent d'au moins 127 mètres d'espaces verts chacun. Le secret de cette réussite écologique? «La détermination des élus, la passion des techniciens et la concertation avec les citoyens», répond Roger Dupont, directeur des services techniques de la ville. Et Edith Dhainne, chargée de la mise en place de la gestion différenciée, de renchérir: «nous consultons systématiquement les citoyens pour chaque nouvelle expérimentation, ils ne sont pas forcement d'accord, mais au moins ils comprennent l'initiative et cela change tout». C'est aussi cette sensibilisation des habitants à l'environnement que la distinction « capitale de la biodiversité» récompense. La ville propose une fois par mois des week-ends nature aux habitants et met à la disposition 600 parcelles de jardins potagers. Le verger écologique de la ville est ouvert tous les jours pour ceux qui souhaitent poser des questions aux professionnels. Une concertation qui porte ses fruits puisque plusieurs Synthois se sont approprié cette gestion écologique des espaces. A l'instar de l'Association des résidences fleuries, qui plante des fleurs au pied des immeubles, là où la municipalité n'intervient pas. A l'instar aussi de cet habitant, qui a sculpté des figurines dans les troncs coupés des arbres des jardins publics. Mais les expérimentations écologiques du service Espaces publics et Nature ne sont pas toujours couronnées de succès. «Nous avions planté des arbres à grosses feuilles près des habitations, les riverains se sont plaints car les feuilles étaient trop difficiles à balayer. Nous avons dû arracher et replanter de nouveaux arbres à petites feuilles», explique Yves Caestecker, chef du Service Espace publics et Nature. C'est la loi de l'expérimentation et de la concertation». Une loi qui a un coût: le service Espaces vert et Nature compte à lui seul 80 employés et représente 6% du budget de la commune. Un investissement de taille qui peut sembler dérangeant dans une ville qui compte 23% de chômeurs. «La majorité des habitants de la ville travaillent pour les grosses industries ou leurs sous-traitants et nombre d'entre-elles ont licencié ces dernières années», regrette Yves Caestecker. Mais pour le chef des services techniques, c'est encore un argument pour maintenir le cap: «En améliorant l'environnement des habitants, cela leur donne une raison de sortir de chez eux, même s'ils sont au chômage. Finalement, nos espaces verts c'est un peu de bonheur quand tout semble morose».
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